Résumé
RESUME EXECUTIF
L'enquête sur les conditions de vie des Personnes Déplacées Internes (PDI) et des familles d'accueil en République Centrafricaine a été conçue et mise en oeuvre dans le but de fournir au Gouvernement et aux agences humanitaires des informations sur le volume et la répartition des PDI ainsi que leurs conditions de vie pour un meilleur ciblage des interventions en leur faveur.
Cette étude poursuit les objectifs spécifiques ci-après :
1. Estimer l'effectif des personnes déplacées internes, notamment les femmes en âge de procréer, les enfants de moins de 5 ans, les enfants scolarisables, les personnes du 3ème âge et les handicapés physiques);
2. Déterminer les caractéristiques sociodémographiques (structure par âge et sexe, niveau d'instruction, occupation, etc.) des personnes déplacées internes;
3. Evaluer leurs conditions de vie ainsi que celles des familles d'accueil
4. Identifier leurs besoins spécifiques en termes d'alimentation, de santé, de scolarisation des enfants ;
5. Identifier les perceptions des PDI par rapport aux perspectives de leur retour ;
6. Identifier les actions à entreprendre pour la prise en charge effective des PDI.
A long terme, les résultats de cette étude serviront d'outil pour la planification des activités en faveur des PDI, notamment pour leur protection et leur assistance. Ils pourront permettre de mieux ajuster l'aide humanitaire à cette population, c'est-à-dire mettre en oeuvre une « stratégie compréhensive » de protection des populations victimes de la crise. Les acteurs humanitaires qui interviennent dans les préfectures concernées par cette étude disposent ainsi à partir de cette étude des données quantitatives et qualitatives sur les PDI pour agir de manière efficace sur le terrain.
Pour atteindre les objectifs assignés à cette étude, trois outils de collecte des informations ont été élaborés, à savoir la fiche de dénombrement, le questionnaire ménage et le questionnaire individuel personne déplacée. L'approche méthodologique adoptée a été d'organiser une enquête par sondage à deux degrés de tirage couvrant sept préfectures du pays les plus concernées par les problèmes des PDI à savoir Nana-Mambéré, Ouham-Pendé, Ouham, Nana-Grébizi, Bamingui-Bangora, Haute-Kotto et enfin Vakaga.
Sur un échantillon de 208 Aires de Dénombrement (AD) tirées au premier degré, 198 ont été effectivement couvertes sur le terrain par les enquêteurs (soit un taux de couverture de 95 %) compte tenu du contexte d'extrême insécurité ayant prévalu au moment de la collecte. En ce qui concerne les ménages, un dénombrement systématique de tous les ménages des 198 AD a été effectué sur la base de la fiche de dénombrement élaborée à cet effet. En revanche, l'enquête s'est déroulée uniquement dans les ménages-échantillon tirés au second degré à partir de deux listes constituées après le dénombrement exhaustif dans chacune des 198 AD : la liste des ménages n'ayant pas des personnes déplacées internes comme membres et la liste des ménages ayant au moins une personne déplacée interne comme membre. Un échantillon de 40 ménages (20 dans chacune des listes ainsi constituées) était donc tiré de manière systématique dans chaque AD. L'enquête a été réalisée en définitive dans 5.328 ménages dans lesquels on a administré un questionnaire ménage et des questionnaires individuels personne déplacée à chaque personne déplacée âgée d'au moins 12 ans identifiée dans ces ménages. Le choix de 12 ans et plus se justifie par la nécessité d'avoir des individus capables de répondre clairement aux questions
Un effectif de 124.535 personnes déplacées internes au moment de l'enquête a été estimé et 888.235 personnes déplacées internes de retour depuis 2002 (dont 400.989 PDI de retour récent entre 2006 et 2007) . Les personnes déplacées internes sont prédominantes dans les préfectures de
Ouham-Pendé, Ouham et Haute-Kotto. Ce sont les préfectures où persistent encore des foyers de tension. La préfecture de Bamingui-Bangoran est la moins touchée. Le phénomène de déplacement interne des populations reste en général rural du fait des activités agro-pastorales qui caractérisent ces populations ; sauf la préfecture de Nana-Grébizi où le phénomène est plus urbain du fait de la proximité de la ville vers où les populations retrouvent refuge. La présence des agences humanitaires dans la ville constitue un « pull factor » pour les PDI.
Cette population est constituée majoritairement de femmes (51 %) et d'enfants de moins de 15 ans (50 %). On observe un déficit d'hommes dans le groupe 15-39 ans qui peut s'expliquer en partie par l'enrôlement de ces personnes dans les mouvements ou bandes armés mais aussi par les tueries sélectives lors des attaques des villages ou l'émigration vers les Tchad ou le Cameroun. S'agissant de la population dénombrée dans les ménages, elle est majoritairement analphabète surtout chez les femmes et en milieu rural. Elle est chrétienne d'obédience protestante en grande partie. Les personnes de plus de 6 ans sont essentiellement des actifs occupés, des élèves/étudiants ou des inactifs. Leur principal statut dans la profession est « indépendant ». Leur situation économique après la crise révèle que nombreux ont perdu leur capacité de travailler comme des indépendants et se retrouvent plus comme des aides-familiaux. Un effectif de 8.499 personnes déplacées âgées de 12 ans ou plus avaient été interviewées dans la zone. Ces personnes peuvent être classées en trois catégories : les déplacés retournés (95 %) plus représentés, les déplacés réinstallés (2 %) et les personnes déplacées accueillies dans les ménages (3 %).
Les ménages de la zone enquêtée ont une taille moyenne de 6 personnes avec une différence nette en faveur des ménages dirigés par les hommes. La typologie des ménages fait état de la prédominance des ménages du type nucléaire (élargi ou non aux collatéraux). Les ménages monoparentaux, les ménages isolés et les ménages composés des couples vivant seuls sans enfants sont moins représentés. Néanmoins, cette structure présente des variations selon le sexe du chef de ménage (les ménages dirigés par les femmes étant plus du type isolé (femme vivant seule) et monoparental et ceux dirigés par les hommes en revanche sont dans une très large majorité du type nucléaire.
La majorité des ménages habitent leur propre logement, le type de maison dominant étant le logement traditionnel simple ou amélioré. Les ménages consomment en général l'eau de puit à pompe, de forage et des sources/puits non aménagées. Les latrines non améliorées et la nature ou la brousse sont les deux principaux types d'aisance des ménages, avec des différences significatives entre le milieu de résidence (les toilettes avec chasse d'eau et latrines améliorées sont plus observées dans les centres urbains). Les ménages s'éclairent principalement avec la lampe à pétrole ou le bois de chauffe. Ils ont un faible degré de possession des biens d'équipement. Près de la moitié d'entre eux n'ont aucun bien. Les biens les plus rencontrés dans les ménages sont la radio, le vélo ou la bicyclette, le fer à repasser et la pirogue.
Plus de neuf ménages sur dix n'a reçu aucune personne déplacée. Les ménages dirigés par les femmes sont plus nombreux dans cette catégorie de ménages ainsi que ceux du milieu rural. Le nombre médian des personnes accueillies dans les ménages est de 4 personnes, quel que soit le sexe du chef de ménage. Dans plus de trois cas sur cinq, les chefs de ménages avec PDI estiment que les dépenses supplémentaires effectuées du fait de la présence des personnes déplacées dans le ménage sont importantes.
L'examen des intentions et motifs de retour des PDI réinstallées indique que nombreuses parmi elles ne font pas de visites du fait de l'insécurité et du manque d'habitation (car brûlé pendant la crise). Les intentions des personnes déplacées réinstallées de retourner un jour dans leur village d'origine sont conditionnées essentiellement par l'amélioration de la situation sécuritaire et le rétablissement de la paix dans ces zones.
Les habitudes de consommation des ménages en période de crise ont été modifiées dans le domaine de déplacement ou du transport, d'alimentation, d'habillement, d'énergie ou d'électricité, de santé et dans une moindre mesure dans le domaine d'éducation/scolarisation. A l'opposé, ces habitudes ne semblent pas avoir changé dans le domaine de la consommation d'eau, dans le logement et dans celui de l'hygiène dans un degré moindre.
La grande majorité des ménages vivant avec des PDI n'ont reçue aucune aide ou assistance d'une personne extérieure ou d'une communauté pour subvenir au surcroît de charge. Les quelques uns qui en ont bénéficié de la part principalement des organismes humanitaires internationaux et dans une moindre mesure des parents, communauté religieuse ou d'une ONG ont été assistés dans le domaine de la santé et de l'alimentation. A l'opposé, seulement un peu plus d'un cinquième (22 %) des ménages n'ayant pas de personnes déplacées et un tiers (33 %) des ménages ayant des PDI ont apporté une assistance aux familles en difficulté pendant la crise. Leur assistance a été essentiellement alimentaire et dans quelques rares cas, sur la santé, l'habillement des personnes déplacées ou un apport financier. Leur aide ou assistance a été accordée, dans la majorité de cas, directement aux ménages et/ou aux personnes déplacées concernées ou par le biais des communautés religieuses.
La première vague de retour des PDI dans leur localité d'origine a commencé à être enregistrée en 2002. Ces retours ont effectivement pris de l'ampleur en 2003 avec le retour de la moitié des PDI dans leur village ou quartier d'origine. La dernière vague de retour est observée en 2007. La principale raison du retour est le rétablissement de la sécurité. Cette raison est valable pour les ménages retournés et ceux qui se sont réinstallés dans un autre village ou quartier. En dépit de la précarité des conditions de vie, la majorité des ménages se sont bien intégrés dans la localité de retour ou de réinstallation. Les personnes déplacées retournées ont été, dans leur grande majorité, favorablement acceptées dans leur zone à leur retour. L'intégration des personnes déplacées réinstallées et accueillies dans leur nouvel environnement est fortement exprimée davantage chez les femmes que chez les hommes.
L'insécurité dans les zones de résidence est la principale raison du départ de la localité d'origine évoquée par les personnes interrogées. A cette cause principale du départ s'ajoutent d'autres facteurs corollaires au premier comme le pillage ou la destruction de l'habitation ou le risque d'enrôlement forcé. Le départ de la localité d'origine s'organise souvent avec un membre du ménage (parent et enfant) ; ce qui constitue un fardeau indéniable pour les ménages d'accueil.
Dans leur déplacement forcé, les individus ne restent pas les bras croisés, instinct de survie oblige, ou ne sont pas souvent abandonnés à leur triste sort. En effet, les résultats de l'étude révèlent que pour s'assurer une meilleure protection, défendre leurs intérêts et trouver des solutions à leurs problèmes communs, les PDI se sont organisées en participant aux associations ou communautés. Les principales formes d'associations vers lesquelles les PDI s'orientent sont des associations religieuses, et dans une moindre mesure, les groupements agropastoraux, les clubs sportifs, les associations de quartier et de jeunes.
Par ailleurs, dépouillées de toutes leurs ressources, les PDI ont bénéficié de nombreux concours principalement de la communauté internationale, des communautés religieuses, des ONG nationales (courroie de transmission de l'aide internationale) et des proches parents. L'aide du gouvernement dont l'obligation est de protéger les citoyens en détresse est très timide. Les aides en faveur des PDI sont destinées généralement pour assurer la sécurité alimentaire, administrer des soins suite aux blessures ou d'autres maux, assurer un minimum de scolarisation aux enfants en situation difficile et fournir des vêtements.
Plus de la moitié des chefs de ménage retournés se sentent en sécurité. Les femmes sont relativement plus nombreuses que les hommes à exprimer cette opinion et les citadins plus que les villageois. La préfecture de Ouham étant celle où ce sentiment est le moins partagé.
Globalement, deux personnes déplacées interviewées sur cinq ont déclaré que quelqu'un de leur famille a été victime d'une violence lors de la crise. En général, les violences subies par les membres de famille des PDI interviewées ont été perpétrées à domicile, en brousse, au cours d'un déplacement, et dans une moindre mesure lors de la détention ou dans la rue. Il s'agit principalement des violences physiques, des vols ou pillages des biens, des menaces verbales et enfin des cas de viols des jeunes filles et femmes. S'agissant de pertes subies par les personnes déplacées lors de la crise, quel que soit le type des PDI considéré, sept personnes enquêtées sur dix disent avoir subi une quelconque perte, matérielle ou en vie humaine, directement ou indirectement au cours de la crise.
Même si ces pertes sont très variées, la destruction du logement et du cadre de vie, la perte du bétail, le décès ou l'assassinat d'un membre de famille (conjoint, enfant ou autre membre), la perte des effets divers et la perte de la récolte sont les principales. Ces exactions subies par les personnes déplacées semblent générales dans les préfectures avec quelques particularités ci et là.
S'agissant des préoccupations exprimées par les PDI, l'analyse a révélé qu'elles sont de quatre ordres à savoir :
1- économique d'abord (trouver du travail, cultiver le champ, s'octroyer un crédit pour relancer l'activité économique) ;
2- social (reconstruire le logement et le cadre de vie, avoir accès à la santé, à l'éducation et à l'eau potable) ;
3- culturel (regagner le village d'origine pour les PDI réinstallées et les PDI accueillies, regrouper la famille, reconstruire le village) ;
4-sécuritaire et protection (retour de la paix, bénéficier de l'assistance des organismes humanitaires).
Compte tenu de ces résultats, il est important de mettre en oeuvre des programmes visant la protection des populations déplacées et l'amélioration de leurs conditions de vie.